La rupture conventionnelle permet à l’employeur et au salarié de convenir d’un commun accord de la fin du contrat de travail. Cette procédure, encadrée par le Code du travail, offre une alternative souple au licenciement et à la démission. Comprendre ses conditions d’éligibilité et les motifs de refus administratif permet d’éviter les écueils juridiques et d’optimiser cette démarche pour les deux parties. Seulement 1 à 2% des dossiers de rupture conventionnelle sont refusés par la Direccte, selon les données administratives. Ce faible taux de refus témoigne de la bonne maîtrise de la procédure par la plupart des entreprises et salariés, mais souligne également l’importance de respecter scrupuleusement les étapes obligatoires.
Les conditions d’éligibilité à la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle, instituée par l’article L. 1237-11 du Code du travail, constitue un mode de séparation amiable réservé exclusivement aux salariés titulaires d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Cette disposition légale établit un cadre précis quant aux bénéficiaires potentiels de ce dispositif, excluant de facto plusieurs catégories de travailleurs.
Les salariés éligibles à la rupture conventionnelle
Tous les salariés en CDI peuvent solliciter ou accepter une rupture conventionnelle, quelle que soit leur ancienneté dans l’entreprise. Cette faculté s’applique dès la signature du contrat, même pendant la période d’essai, bien que cette pratique reste peu courante. Le dispositif concerne aussi bien les salariés à temps complet que ceux à temps partiel, sans distinction de fonction ou de niveau hiérarchique.
Les salariés protégés, notamment les délégués syndicaux, les élus au Comité Social et Économique (CSE) ou les représentants du personnel, peuvent également recourir à la rupture conventionnelle. Toutefois, leur situation requiert une autorisation préalable de l’inspecteur du travail, conformément aux articles L. 2411-1 et suivants du Code du travail. Cette protection vise à prévenir toute pression exercée sur ces représentants en raison de leurs mandats.
Initiative de la démarche : une procédure bilatérale
Contrairement à la démission, qui émane uniquement du salarié, ou au licenciement, décidé par l’employeur, la rupture conventionnelle peut être initiée indifféremment par l’une ou l’autre partie. Cette caractéristique fondamentale distingue ce mode de séparation et impose un consentement mutuel libre et éclairé. L’employeur comme le salarié peuvent donc proposer l’ouverture de discussions, sans que cette démarche n’engage automatiquement l’autre partie à accepter.
Les catégories de travailleurs exclus du dispositif
Le champ d’application de la rupture conventionnelle comporte des limites strictes. Sont ainsi exclus de ce dispositif :
- Les salariés en contrat à durée déterminée (CDD), dont la rupture anticipée obéit à d’autres règles spécifiques
- Les stagiaires, qui ne sont pas liés par un contrat de travail mais par une convention de stage
- Les apprentis, dont le contrat d’apprentissage relève d’un régime juridique distinct
- Les salariés en contrat de professionnalisation, soumis à des règles particulières
- Les agents publics, pour lesquels des procédures spécifiques de cessation de fonctions s’appliquent
Cette restriction aux seuls titulaires d’un CDI vise à encadrer l’utilisation de ce mode de séparation et à éviter les contournements des règles protectrices applicables aux autres formes contractuelles.
La procédure de négociation et les étapes obligatoires
La rupture conventionnelle repose sur un processus encadré par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail, garantissant un consentement libre et éclairé des deux parties. Cette procédure obligatoire structure les échanges entre employeur et salarié selon des étapes précises.
La phase de négociation préalable
Au moins un entretien doit se tenir entre l’employeur et le salarié avant toute signature. Le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste établie par l’autorité administrative. L’employeur dispose du même droit d’assistance. Ces entretiens permettent de discuter des conditions de la rupture, notamment la date de fin du contrat et le montant de l’indemnité.
La convention de rupture et ses mentions obligatoires
Le document signé par les deux parties doit impérativement mentionner plusieurs informations :
- L’identité complète de l’employeur et du salarié
- La date de rupture du contrat envisagée
- Le montant de l’indemnité de rupture conventionnelle, au minimum équivalente à l’indemnité légale de licenciement
- L’information sur le droit à rétractation de 15 jours calendaires
Cette indemnité ne peut être inférieure au montant prévu par la loi ou la convention collective applicable. Elle reste exonérée de cotisations sociales dans certaines limites.
Le délai de rétractation incompressible
Chaque partie dispose d’un délai de 15 jours calendaires à compter de la signature pour se rétracter, sans avoir à justifier sa décision. Ce délai court même les dimanches et jours fériés. La rétractation doit être exercée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Passé ce délai sans rétractation, la convention devient définitive et doit être transmise à la Direccte pour homologation.
Les motifs de refus par l’administration
Une fois la convention de rupture signée et le délai de rétractation écoulé, l’employeur doit transmettre le dossier à la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS), anciennement Direccte. L’administration dispose alors d’un délai d’instruction de 15 jours ouvrables pour homologuer ou refuser la demande. Ce contrôle administratif vise à garantir que la rupture s’effectue dans le respect du droit du travail et que le consentement des deux parties est authentique.
Les principaux motifs justifiant un refus d’homologation
L’administration refuse d’homologuer une rupture conventionnelle lorsqu’elle identifie des vices du consentement. Sont concernées les situations où le salarié a subi des pressions, contraintes ou chantages pour accepter la rupture. Les inspecteurs du travail examinent attentivement les circonstances entourant la signature : présence d’un témoin lors de l’entretien, délais respectés, cohérence entre les déclarations des parties.
Le non-respect de la procédure légale constitue également un motif de refus fréquent. L’absence d’entretien préalable, le non-respect du délai de rétractation de 15 jours calendaires, ou encore l’insuffisance de l’indemnité versée (qui doit au minimum correspondre à l’indemnité légale de licenciement) entraînent systématiquement un refus d’homologation.
Les situations de fraude et de détournement
La DREETS refuse l’homologation lorsqu’elle détecte un licenciement économique collectif déguisé. Si plusieurs salariés d’un même service signent simultanément des ruptures conventionnelles, l’administration peut y voir une tentative de contourner l’obligation d’établir un plan de sauvegarde de l’emploi. Les statistiques de la DREETS indiquent qu’environ 1 à 2% des dossiers sont refusés chaque année, principalement pour ces motifs.
En cas de refus, l’employeur et le salarié peuvent déposer un recours gracieux auprès de la DREETS dans un délai de deux mois. Si ce recours n’aboutit pas, un recours contentieux devant le tribunal administratif reste possible dans les mêmes délais.
CE Expertises : accompagner les entreprises dans les restructurations complexes
Face à la complexité croissante des dispositifs de restructuration, les comités sociaux et économiques nécessitent un accompagnement expert pour appréhender pleinement les implications des mesures envisagées par les directions d’entreprise. CE Expertises s’est imposé comme une référence dans l’analyse et le suivi des procédures de réorganisation, qu’il s’agisse de plans de sauvegarde de l’emploi, de ruptures conventionnelles collectives, d’accords de performance collective ou encore de dispositifs d’activité partielle de longue durée.
Une expertise au service des représentants du personnel
Le cabinet intervient auprès des CSE pour décrypter les motivations économiques réelles derrière les projets présentés par les employeurs. Cette analyse porte notamment sur la justification des motifs invoqués, l’évaluation des conséquences sociales et l’examen approfondi des méthodologies utilisées pour quantifier les suppressions de postes envisagées. Les équipes de CE Expertises auditent également la pertinence de l’organisation cible au regard des objectifs économiques affichés, tout en identifiant les impacts potentiels sur les charges de travail des collaborateurs maintenus.
Un conseil stratégique durant toute la procédure
L’accompagnement proposé se déploie sur l’ensemble de la durée des négociations. CE Expertises apporte son concours aux organisations syndicales pour préparer et mener les discussions, que ce soit dans le cadre d’accords majoritaires ou de documents unilatéraux. Le cabinet travaille à l’élaboration de scénarios alternatifs aux projets initiaux, restitue ses conclusions aux élus et assure une présence continue pour faire bénéficier les représentants du personnel de son expérience des restructurations complexes.

Les risques et alternatives à éviter
Une rupture conventionnelle mal préparée ou négociée sous pression expose les deux parties à des conséquences juridiques et financières importantes. Pour l’employeur, le principal danger réside dans la requalification de la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse par le Conseil de prud’hommes. Cette requalification entraîne automatiquement le versement d’indemnités de licenciement majorées, calculées en fonction de l’ancienneté du salarié et du montant du Smic. La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 15 mai 2024 que toute pression exercée sur le salarié pour obtenir son consentement constitue un vice du consentement justifiant l’annulation de la convention. Les sanctions administratives peuvent également s’appliquer en cas de pratiques abusives répétées.
Les dangers pour le salarié : perte de droits et difficultés de reconversion
Pour le salarié acceptant une rupture conventionnelle alors qu’un licenciement économique ou pour faute réelle et sérieuse aurait été justifié, les pertes financières s’avèrent souvent substantielles. L’indemnité légale de licenciement représente généralement un montant supérieur à l’indemnité conventionnelle de rupture, particulièrement pour les salariés comptant plus de 10 ans d’ancienneté. De plus, l’allocation chômage versée par France Travail (ex-Pôle Emploi) peut être différée de 121 jours en cas de rupture conventionnelle avec indemnité supérieure aux minimums légaux. Cette période de carence pénalise financièrement les personnes en reconversion professionnelle. Le tableau suivant compare les droits selon le mode de rupture du contrat :
| Type de rupture | Indemnité minimale (10 ans ancienneté) | Différé d’indemnisation chômage | Protection prud’homale |
| Rupture conventionnelle | 2,5 mois de salaire | Jusqu’à 121 jours | Vice de consentement uniquement |
| Licenciement économique | 3 mois de salaire minimum | Aucun | Contestation du motif et de la procédure |
| Licenciement pour motif personnel | 2,5 mois de salaire | Aucun | Contestation de la faute invoquée |
Les pratiques dangereuses à bannir absolument
Certaines alternatives présentées comme des solutions rapides se révèlent particulièrement risquées pour les deux parties. L’abandon de poste, autrefois toléré comme moyen détourné de quitter son emploi, est désormais encadré par la loi du 21 décembre 2022 qui présume la démission du salarié après 15 jours d’absence injustifiée. Cette présomption peut toutefois être renversée devant le Conseil de prud’hommes de Paris ou d’ailleurs en France si le salarié démontre qu’il subissait des pressions ou un harcèlement moral. La démission obtenue sous la contrainte constitue également un motif de nullité, avec obligation pour l’employeur de verser l’intégralité des salaires dus depuis la rupture jusqu’au jugement.
La Cour de cassation a jugé le 8 février 2023 qu’une série d’entretiens répétés proposant une rupture conventionnelle à un salarié ayant refusé caractérise un harcèlement moral, même en l’absence de menaces explicites.
La transaction signée après un licenciement ne permet pas de régulariser rétroactivement une procédure irrégulière. Le Conseil de prud’hommes conserve le pouvoir d’examiner la validité du licenciement initial, indépendamment de l’accord transactionnel. Les praticiens du droit du travail déconseillent formellement ces montages juridiques qui n’offrent aucune sécurité aux parties. En 2025, les tribunaux français ont prononcé 847 condamnations pour harcèlement moral lié à des tentatives répétées d’obtenir une rupture conventionnelle, avec des dommages et intérêts moyens de 15 000 € par dossier, auxquels s’ajoutent les salaires dus et les indemnités de licenciement recalculées sur la base du Smic en vigueur.

L’essentiel à retenir sur la rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle demeure un dispositif accessible mais strictement encadré. Son succès repose sur le respect scrupuleux de la procédure et l’absence de contrainte. Face aux évolutions jurisprudentielles récentes, les entreprises devront porter une attention accrue à la documentation des entretiens et à la justification des montants d’indemnisation. L’accompagnement par des professionnels spécialisés devient de plus en plus nécessaire pour sécuriser ces démarches.